Temps d’écran et utilisation des appareils intelligents chez les enfants : Partie 2 – Le futur numérique et la vision idéale pour un enfant (avec des outils techniques pour les parents)
Dans la Partie 1, nous avons examiné des recherches et l’idée que les appareils intelligents ne devraient pas devenir un « fruit interdit ». Au contraire, les enfants doivent apprendre à les utiliser de manière consciente et équilibrée.
Cette fois, nous allons un pas plus loin :
✅ Vers où se dirige le monde numérique ?
✅ Quels effets positifs et négatifs peut-on attendre sur le développement de l’enfant ?
✅ À quoi devrait ressembler un environnement numérique “idéal”, qui aide plutôt que nuit ?
✅ Et quels outils techniques sont déjà disponibles aujourd’hui pour permettre aux parents de le construire ?

1) Vers où se dirige le monde numérique ? Ce que nous pouvons attendre à l’avenir
Jusqu’ici, le téléphone était surtout un « écran pour l’enfant ». Mais dans les prochaines années, il deviendra un assistant, un enseignant, un traducteur, un générateur d’idées, un conseiller, et parfois même un compagnon de conversation.
Et cela ne concernera plus seulement les spécialistes IT ou les professions “créatives”. Les outils d’IA entreront dans presque tous les métiers, car ils savent faire une chose essentielle : traiter rapidement l’information, écrire, analyser, structurer et automatiser les tâches routinières.
Voici quelques chiffres qui aident les parents à comprendre l’ampleur du changement :
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McKinsey prévoit que d’ici 2030, l’IA (notamment l’IA générative) pourrait automatiser environ 27% des heures de travail en Europe et 30% aux États-Unis. Cela ne veut pas dire que 30% des professions vont disparaître, mais que 30% des tâches quotidiennes pourraient être transformées. Beaucoup de métiers resteront, mais ils changeront profondément.
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Dans certains scénarios, le potentiel technique d’automatisation est encore plus élevé : une analyse de McKinsey (2025) indique que les “agents et robots” pourraient théoriquement réaliser 60–70% des heures de travail mondiales actuelles (c’est un potentiel, pas une garantie, mais cela montre clairement la direction).
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L’OCDE rappelle une autre réalité : environ 28% des emplois dans les pays de l’OCDE se situent dans une zone de fort risque d’automatisation, en particulier les emplois routiniers.
Pour un parent, cela signifie une chose :
👉 Nos enfants vivront très probablement dans un monde où une grande partie du travail “mécanique” — et même une part de la routine intellectuelle — ne sera plus une tâche humaine.
Ce que l’IA remplacera le plus vite
L’IA prend généralement en charge le plus rapidement ce qui est :
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répétitif
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prévisible
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structuré (textes, tableaux, documents)
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basé sur des modèles et des schémas
Par exemple : réponses clients, rapports simples, traductions, préparation de documents, recherche et réorganisation d’informations, et même certaines parties de la programmation ou de la rédaction marketing.
Ce qui restera humain (et deviendra encore plus précieux)
Bonne nouvelle : certaines compétences peuvent être soutenues par l’IA, mais ne peuvent pas réellement être remplacées.
Ce qui restera au cœur de l’humain (et prendra encore plus de valeur) :
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le jugement (que faire avec l’information, pas seulement la trouver)
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l’éthique et la responsabilité (où est la limite, qu’est-ce qui est juste)
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l’empathie et les relations (présence réelle, soutien émotionnel)
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la créativité avec du sens (pas seulement “générer une image”, mais créer une direction, un récit, une intention)
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la pensée critique (distinguer le vrai du “convaincant”)
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la capacité à travailler avec les humains (pas seulement avec les données)
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l’autorégulation (choisir, s’arrêter, terminer)
Et voici le grand défi parental dans la réalité 2025–2035 :
Les enfants auront plus facilement accès aux réponses, mais auront plus de mal à apprendre à :
👉 poser de bonnes questions,
👉 savoir à quoi croire,
👉 maintenir leur attention et leur volonté.
C’est pourquoi la culture numérique du futur n’est pas seulement “savoir utiliser la technologie” — c’est la capacité à rester humain dans un monde où les systèmes peuvent accomplir énormément de choses.
2) Ce que le monde numérique peut apporter (ou retirer) au développement de l’enfant

✅ Les bénéfices (si l’environnement numérique est bien construit)
Le numérique peut devenir un soutien exceptionnel au développement, s’il aide l’enfant à :
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apprendre par intérêt (et non par pression)
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créer (et pas uniquement consommer)
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entraîner la langue et la logique
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recevoir un soutien à son rythme (surtout grâce à l’IA)
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découvrir le monde au-delà de sa ville et de son pays
Les ressources de l’OCDE soulignent qu’il ne s’agit pas seulement de “combien de temps”, mais surtout de ce que l’enfant fait dans l’environnement numérique et de l’impact sur son bien-être :
https://www.oecd.org/en/publications/how-s-life-for-children-in-the-digital-age_0854b900-en/full-report/how-children-use-digital-media_a8d3a6d0.html
⚠️ Les risques (si l’environnement numérique évolue sans cadre)
Les risques les plus fréquents dans l’enfance numérique d’aujourd’hui et de demain :
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baisse de la qualité du sommeil
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difficulté à s’arrêter (formation d’habitudes)
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domination de la consommation passive
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exposition précoce à des contenus anxiogènes
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comparaison sociale et risques pour l’estime de soi
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vie privée, données, publicité et manipulation
L’OMS rappelle que chez les jeunes enfants, l’objectif principal est d’empêcher les écrans de remplacer le sommeil, le mouvement et les relations.
OMS (2019) recommandations (PDF) :
https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/325147/WHO-NMH-PND-2019.4-eng.pdf
Article OMS en résumé :
https://www.who.int/news/item/24-04-2019-to-grow-up-healthy-children-need-to-sit-less-and-play-more
3) À quoi devrait ressembler un environnement numérique “idéal” pour devenir une source d’apprentissage dès le plus jeune âge ?
Si nous voulons que le numérique soutienne réellement le développement de l’enfant, il faut comprendre une chose :
📌 Un enfant n’a pas besoin de “plus d’écran”. Il a besoin de meilleur contenu + meilleure structure.
Voici les éléments essentiels d’un environnement “idéal”.
🧩 a) Un contenu qui développe (pas seulement qui occupe)
Un contenu stimulant :
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provoque des questions (“pourquoi ?”)
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donne envie de réfléchir et d’explorer
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invite à bouger ou à tester dans la vraie vie
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aide à développer le langage
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ne dépend pas uniquement de sons forts et de montages rapides
Dans un monde idéal, le contenu numérique pour enfants ressemble à une bibliothèque : qualitatif, organisé, sélectionné.
🧠 b) Un environnement numérique qui entraîne des compétences, pas seulement le temps
Les compétences les plus importantes que le numérique peut (et devrait) aider à développer :
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gestion de l’attention
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compétence informationnelle (qu’est-ce qui est fiable ?)
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reconnaissance des émotions (comment je me sens après ce contenu ?)
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compétences sociales en ligne
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créativité (production / création)
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sécurité numérique de base
L’UNESCO souligne que l’éducation numérique doit être centrée sur l’humain — non pas une “adoration” de la technologie, mais des compétences et de la sécurité :
https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000386693/pdf/386693eng.pdf.multi
🔁 c) Un contenu avec une “sortie vers la vie réelle”
Le contenu numérique idéal n’est pas une fin : c’est un début.
Exemples :
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vidéo sur les oiseaux → promenade + observation
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vidéo sur les couleurs → dessin et mélange des couleurs
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vidéo sur les émotions → discussion et jeu
On peut aussi inclure des vidéos d’histoires sociales à reproduire ensuite dans des jeux sensoriels éducatifs ; des chansons, comptines, jeux de mouvement — y compris pour apprendre la lecture et les bases des mathématiques ; découvrir la vie dans différentes régions du monde, des cultures, des habitudes et la nature. Des jeux en ligne où les enfants de pays différents jouent ensemble des histoires sociales et communiquent avec de nouveaux amis.
C’est cela qui distinguera demain la consommation d’écran de la véritable formation numérique.
4) Ressources numériques éducatives pour les enfants (et banques d’idées pour les parents)

A) Programmation et résolution de problèmes (souvent très apprécié des enfants : logique + créativité)
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Scratch — plateforme gratuite pour créer des jeux, animations et histoires (du consommateur → au créateur).
https://scratch.mit.edu/ -
ScratchJr — pour les plus jeunes (environ 5–7 ans), “première programmation” très intuitive pour créer des histoires.
https://www.scratchjr.org/ -
Code.org — leçons interactives et exercices ludiques pour les bases de l’informatique (y compris thèmes IA).
https://code.org/
https://code.org/en-US/curriculum/computer-science-fundamentals -
Micro:bit Educational Foundation — projets “construire + coder” (excellent pont entre numérique et monde réel).
https://microbit.org/projects/make-it-code-it/
https://microbit.org/
Pourquoi c’est unique : ces outils entraînent la logique “si → alors”, la correction d’erreurs, la patience et la création de projets, plutôt que le simple visionnage.
B) Pensée critique et jeux anti-désinformation (essentiels à l’ère des algorithmes)
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Bad News — jeu où l’on “joue le méchant” pour comprendre les techniques de manipulation (excellent entraînement à l’éducation aux médias).
https://www.getbadnews.com/en -
Bad News Junior — version adaptée aux enfants (présente dans des catalogues européens de ressources).
https://belux.edmo.eu/educational-tools/bad-news-junior/
Ce que cela apprend rapidement : “comment essaie-t-on de m’influencer ?”, manipulation émotionnelle, fausses autorités, sensationnalisme, et “pourquoi je vois cela ?”.
C) Compétence IA pour les enfants (ils y seront exposés plus tôt qu’on ne le pense)
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Minecraft Education — “Read Smart: AI Detective” (compétence IA/médias via une histoire interactive ; vérifier les sources, repérer la logique des deepfakes, etc.).
(À propos de la sortie et du contenu)
Cadre “parental” important :
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UNESCO — recommandations sur l’IA générative en éducation (pour comprendre ce qui est sûr/éthique/pertinent).
https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000386693/pdf/386693eng.pdf.multi
https://www.unesco.org/en/digital-education/artificial-intelligence
D) Le “triangle d’or” de la créativité numérique : histoires, design, expression personnelle
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Book Creator — les enfants créent des livres/histoires avec texte, voix et images ; excellent format de création.
https://bookcreator.com/
(Idéal pour ajouter dans la Partie 3 des idées d’activités : “créer une histoire photo de la journée”, “inventer un conte + l’enregistrer”, “faire une mini encyclopédie sur un sujet”.)
Ressources pour les parents : trouver des idées, pas seulement des règles
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Better Internet for Kids — portail européen avec ressources pour parents et enseignants (plusieurs langues, perspective européenne).
https://better-internet-for-kids.europa.eu/en/resources -
Drošāks internets — ressources lettones pour enfants/parents : jeux, activités, tests et guides pratiques.
https://drossinternets.lv/lv/materials/listall/berniem
(Pour parents — guide PDF sur les outils de contrôle) -
Common Sense Media — planificateurs familiaux et ressources pour parler des technologies avec les enfants.
https://www.commonsensemedia.org/family-tech-planners
5) Quels outils de contrôle parental existent déjà aujourd’hui (et où les trouver) ?

De nombreux parents pensent que “gérer” l’environnement numérique d’un enfant signifie acheter une application spéciale ou être un expert en informatique.
En réalité, la plupart des outils essentiels sont déjà intégrés dans les téléphones, tablettes, ordinateurs et consoles de jeux — mais on s’en souvient souvent quand l’enfant sait déjà :
“Je sais où appuyer.” 😅
Et ces outils ne sont pas faits pour “contrôler l’enfant”. Ils servent à éviter des situations comme :
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“Encore 5 minutes !” (qui se transforment en 40)
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“Un truc horrible est apparu d’un coup !”
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“Je voulais juste un jeu, mais maintenant il est sur YouTube Shorts…”
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“Comment il a réussi à acheter ça ?!”
Le principe le plus simple est :
👉 Ne pas contrôler l’enfant, mais structurer l’environnement pour que les limites tiennent même quand le parent n’est pas à côté.
Où trouver les outils ? (carte rapide pour les parents)
✅ iPhone/iPad → Apple Screen Time / Family Sharing
https://support.apple.com/en-us/105121
https://support.apple.com/en-us/108806
✅ Android / Chromebook → Google Family Link
https://families.google/intl/sw/familylink/
✅ Windows PC / Xbox → Microsoft Family Safety
https://www.microsoft.com/en-us/microsoft-365/family-safety
✅ Nintendo Switch → Nintendo Parental Controls
https://www.nintendo.com/us/mobile-apps/parental-controls/
💡 Pas besoin d’être un parent “ultra-contrôlant”. Souvent, 20–30 minutes de configuration une seule fois suffisent, ensuite tout fonctionne en arrière-plan.
6) Ce que ces outils permettent concrètement (sans stress quotidien)
Les parents utilisent généralement ces outils pour organiser : le temps, le contenu et les achats.
1) Le temps (quand l’écran est accessible)
Exemple : le soir, l’enfant “se calme avec un dessin animé”, mais ensuite il ne veut plus aller dormir.
Avec un cadre horaire :
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après 19h30 (ou 20h00) l’appareil devient automatiquement indisponible
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le parent n’a plus à jouer le “méchant”
2) Le contenu (éviter les “surprises”)
Exemple : contenu innocent → l’algorithme propose quelque chose de trop adulte, inquiétant ou étrange.
Cela aide :
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restrictions d’âge
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filtres de contenu
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profil enfant séparé
3) Les achats et téléchargements (éviter les “ups”)
Exemple : un clic “par accident” → paiement, pubs, nouvelles apps.
Cela aide :
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validation avant achat
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validation avant téléchargement
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restrictions de paiement
7) Ce que les parents devraient mettre en place techniquement (le minimum pour un environnement sûr)
Voici la vision “minimum” d’un environnement numérique sécurisé :
✅ un appareil/profil séparé pour l’enfant (pas le téléphone du parent)
✅ un cadre horaire (le soir, l’appareil se verrouille automatiquement)
✅ filtres de contenu (web + applications, niveau d’âge)
✅ limites d’applications (pas seulement un total journalier)
✅ contrôle des achats (validation pour paiements/téléchargements)
✅ pour les petits : mode “une seule application”
✅ et un détail très efficace :
l’appareil ne reste pas dans la chambre la nuit
Pas parce que c’est “interdit”, mais parce que le sommeil est plus important que n’importe quel contenu.
Ce n’est pas une prison. C’est une ceinture de sécurité numérique :
Nous ne punissons pas l’enfant parce qu’il est un enfant — nous créons une structure qui l’aide.

Conclusion
Le monde numérique sera le monde de nos enfants. Nous ne pouvons pas l’annuler.
Mais nous pouvons :
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comprendre sa direction ;
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anticiper risques et opportunités ;
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construire un environnement où l’enfant grandit avec la technologie — et non dans son ombre.
Dans la prochaine Partie 3, nous passerons au concret : comment vivre à la maison avec les écrans sans guerres, sans culpabilité et sans chaos — avec des étapes claires et des activités éducatives.